Le Circuit du Patrimoine - La Maison Romane

Le circuit du patrimoine a été mis en place en Décembre 2014. Il est jalonné de panneaux présentant les principaux points d'intéret de St Antonin.

Maison romane 
 
 

La Maison Romane

Texte de Maurice Scellès

La maison a été construite dans la période 1125-1150 pour Pons de Graulhet, proba­blement viguier des vicomtes de Saint Antonin Noble Val.

La maison occupe un emplacement privilégié et stratégique au cœur de la ville. Elle comprend un corps de logis principal et une tour, l’un des signes distinctifs des demeures de l’élite urbaine au Moyen Âge, que l’on soit noble ou non.

Le rez-de-chaussée était réservé à trois boutiques, ouvrant chacune par une grande arcade sur la place et qui étaient occupées par des commerçants. Aussi l’accès à la maison se faisait-il par une entrée latérale dans la rue Guilhem-Peyre.

Un grand escalier extérieur établi dans la cour conduisait directement à la salle du premier étage, l’aula, où Pons de Graulhet accueillait ses hôtes et où étaient jugées les affaires relevant de la justice vicomtale.

La pièce n’a jamais eu de cheminée, mais ses murs avaient reçu au XIIIe siècle un décor peint, dont subsistait encore en 1840 une partie d’un cava­lier. Depuis la salle, un escalier ménagé dans l’épais­seur du mur arrière (entièrement reconstruit au XIXe siècle) permettait de gagner les « chambres » privées du second étage.

Classé Monument historique, l’édifice a été restauré par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc de 1842 à 1851. La façade, qui était presque intacte, n’a été que peu touchée par les travaux. En revanche, l’imposante tour est une création du XIXe siècle, inspirée par les tours médiévales des villes de Toscane.

Le 1er premier étage était une salle de justice signalée sur la rue par une remarquable claire-voie au décor sculpté exceptionnel, par sa qualité d’exécution et par son iconographie. Piliers et chapiteaux étaient rehaus­sés de couleurs ; des plats émaillés importés de l’Espagne musulmane étaient in­crustés dans la pierre de taille de la façade ; deux colonnettes de bronze prenaient place dans les fenêtres géminées de la tour.

Devenue maison consulaire en 1313, elle est restée le siège de la municipalité jusqu’à la Révolution.

La clef de lecture du programme sculpté se trouve sur le livre que tient le personnage figuré sur le pilier de gau­che, dont l’inscription a permis d’identifier le code de justice, les institutes, rédigé par l’empereur législateur Justinien. En se fondant sur le droit romain, le commanditaire peut affirmer que nul ne peut être bon sans l’aide des lois et de la justice exercée par le prince.

Le re­lief d’Adam et Ève après la Faute, sur le pilier de droite, rappelle que l’homme est faible devant le péché, et plusieurs chapiteaux illustrent les vices : colère, médisance, bestialité, impureté…

La majesté impériale a imposé l’hié­ratisme de Justinien, mais les chapi­teaux de la Bestialité et de la Colère montrent que le sculpteur excelle dans la représentation du mouvement. Son art s’apprécie surtout avec le groupe d’Adam et Ève, dont les corps sont trai­tés en volume sur les angles du bloc : des nus d’une telle vigueur plastique sont rares dans l’art roman, tout autant que des visages dotés d’une semblable présence humaine.